Aube des Ténèbres

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 Les oracles grecs

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Requiem
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MessageSujet: Les oracles grecs   Mar 31 Oct - 9:23

Les oracles grecs constituent un aspect fondamental de la religion et de la culture grecques. L'oracle est la réponse donnée par un dieu que l'on a consulté à une question personnelle, concernant généralement le futur. De tels oracles ne peuvent être rendus que par certains dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le respect de rites rigoureusement respectés : la prise d'oracle s'apparente à un culte. De plus, interpréter les réponses du dieu, qui s'exprime de diverses manières, demande parfois un apprentissage. L'oracle nécessite souvent une interprétation.

Par extension, le terme d'oracle désigne aussi le dieu consulté, l'intermédiaire humain qui transmet la réponse ou encore le lieu sacré où la réponse est donnée. La langue grecque distingue ces différents sens : parmi de nombreux termes, la réponse divine peut être désignée par χρησμός / khrêsmós, proprement « le fait d'informer ». On peut aussi dire φάτις / phátis, « le fait de parler ». L'interprète de la réponse divine est souvent désigné par προφήτης / prophêtês, « qui parle à la place [du dieu] », ou encore μάντις / mántis. Enfin, le lieu de l'oracle est le χρηστήριον / khrêstếrion.

La mantique, c'est-à-dire le domaine de la divination, n'est, dans le monde grec antique, constituée que des sciences oraculaires. Les devins comme Tirésias sont considérés comme des personnages mythologiques : la divination, en Grèce, n'est pas l'affaire de mortels inspirés mais de personnes respectant des rites déterminés, bien que la tradition ait pu donner l'apparence d'une telle inspiration, ou, au sens propre, ἐνθουσιασμός / enthousiasmós, « enthousiasme », c'est-à-dire le « fait d'avoir le dieu en soi ».

Le plus célèbre de tous est sans aucun doute la Pythie de Delphe

L'oracle de Delphes est resté très vivant et consulté jusqu'à la période chrétienne ; les chrétiens, cependant, en le caricaturant, en donnant de la pythie — l'interprète oraculaire d'Apollon — une image fausse, celle d'une femme hystérique et droguée, et en transmettant des textes erronés, ont participé grandement à son abandon. Parmi les témoignages les plus sûr, nous avons ceux de Plutarque (v. 46-v. 120 ap. J.-C.), qui a assumé pendant 30 ans la charge de prêtre du temple d'Apollon, chargé du sanctuaire oraculaire. Nous savons grâce aux fouilles menées à Delphes que le sanctuaire a été l'un des plus fréquentés et des plus riches. Pour plus de détails sur le sanctuaire lui-même.

Organisation religieuse

La prophétesse, au sens grec : celle qui parle à la place [du dieu], est nommée la Pythie (Πυθία ἱέρεια / puthía hiéreia, « prêtresse pythienne »), choisie parmi les femmes de la région. Son nom (à l'origine un adjectif, mais on utilise souvent Πυθία puthía seul) vient d'une épiclèse d'Apollon, dit pythien à Delphes, parce qu'il y avait terrassé le serpent Python ; Delphes, d'ailleurs, est souvent nommée Πυθώ puthố (voir l'article Apollon pour plus de détails). La Pythie était souvent âgée, et Plutarque nous apprend qu'elle pouvait avoir une cinquantaine d'années, ce qui, pour l'époque, est un âge avancé. Celle-ci s'exprimait en vers (du moins s'est-elle exprimée ainsi pendant longtemps ; Plutarque fait cependant remarquer qu'à son époque elle ne le faisait plus, sans pouvoir expliquer pourquoi), et ses propos confus devaient être interprétés par un collège de deux prêtres, assistés par cinq ministres du culte. Chose exceptionnelle, ces charges étaient attribuées à vie.

La marche à suivre pour consulter le dieu était la suivante :

* le consultant (qui ne pouvait pas être une femme), s'acquittait d'une taxe versée à une confédération de cités ; les consultations pouvaient être demandées individuellement ou collectivement, pour une cité, par exemple. Le paiement d'une surtaxe ou des services rendus à la cité de Delphes permettaient d'acquérir le droit de promancie, c'est-à-dire celui de consulter avant les autres, et ainsi de passer outre la liste d'attente qui pouvait être très longue, vu qu'en plus on ne pouvait consulter la pythie qu'un jour par mois ;
* on menait le consultant dans l'adyton du temple d'Apollon ;
* il y rencontrait la pythie, qui s'était purifiée, avait bu l'eau d'une source de Delphes et mâchait des feuilles de laurier ; celle-ci était installée sur un trépied.
* le consultant offrait un sacrifice sanglant au dieu, lequel était conduit par les deux prêtres et leurs assistants ; préalablement, la victime était aspergée d'eau froide et, si elle ne tremblait pas, la prise d'oracle était annulée (au risque, sinon, de tuer la Pythie : elle ne pouvait contredire ce signe du dieu qui donnait ou non son accord) ;
* le consultant posait sa question à la Pythie, question que les prêtres avaient souvent remise en forme (afin qu'elle prît la forme d'une alternative) ;
* la Pythie, enfin, rendait l'oracle du dieu, qui parlait à travers elle ; cette réponse devait être rendue claire par les deux prêtres d'Apollon. D'après les témoignages, dont ceux de Plutarque, la Pythie n'était pas visible, et l'on n'entendait que sa voix.

On le voit, la Pythie était en état d'enthousiasme, c'est-à-dire d'inspiration divine ; la légende rapportait que des effluves magiques sourdaient dans le temple, et qu'ils étaient responsable de l'état second connu par la Pythie. Selon des historiens grecs, qui ne font que répéter des légendes, ces effluves auraient même poussé au suicide des bergers et de simples mortels qui les auraient respirés par hasard, avant que l'on destine à ce rôle dangereux la seule Pythie. Il convenait donc que celle-ci, pour recevoir l'inspiration divine sans en souffir, fût pure, vierge, et menât une vie saine. Son esprit devait être disponible, calme et serein, afin que la possession par le dieu ne soit pas rejetée, au risque de la mener à la mort.

Depuis la fin de l'Antiquité, plusieurs hypothèses ont tenté d'expliquer les prétendues transes de la prêtresse, mais les preuves concrètes ou textuelles ont toujours manqué. La Pythie, on l'a dit, se tenait dans l'adyton du temple. Or, si les fouilles actuelles à Delphes ne permettent pas de reconstituer avec précision ce qu'était cet adyton (il a en effet été rasé par les chrétiens), les théories les plus communes admettent qu'il s'agissait d'une partie en contrebas et non pas d'une salle secrète située en dessous du temple, encore moins d'un gouffre. Aucune fissure n'est non plus visible.

On l'a dit, les chrétiens ont tourné en dérision cette prêtresse et par là le culte en décrivant la Pythie comme une folle écumant de bave, enivrée de vapeurs de souffre, possédée physiquement par le Malin qui s'introduisait via son vagin. De tels propos se trouvent, par exemple, chez Origène ou Jean Chrysostome. Quoi qu'il en soit, cette vision ne coïncide absolument pas avec ce que les Grecs nous ont rapporté de leur prêtresse. De plus, ce qui contredit les Grecs eux-mêmes, l'on n'a retrouvé à Delphes aucune fissure sous le temple d'Apollon, ni aucune autre exhalaison naturelle. Bien qu'incohérente avec les fait historiques, cette image de la Pythie s'est imposée à l'imaginaire collectif. De fait, il n'est pas rare de trouver une telle Pythie folle dans les ouvrages les plus sérieux ou bien quelque allusion à des émanations gazeuses dont il n'existe aucune preuve réelle.

Rôle politique de l'oracle de Delphes


Outre un rôle religieux majeur dans le monde antique — en effet, l'oracle d'Apollon n'était pas exclusivement consulté par les Grecs — les oracles de la Pythie ont tenu une place importante dans l'organisation politique grecque. Trois faits curieux sont notables concernant l'opinion que le dieu était censé avoir de la puissance grecque. L'oracle, en effet, n'a pas toujours soutenu les actions de son peuple.

Lors des guerres médiques (ayant opposé les Grecs aux Mèdes), Athènes avait consulté l'oracle, en 490 avant l'ère chrétienne, afin de demander s'il était bon que Sparte l'aidât. L'oracle rendit une réponse négative, alors que c'est justement l'intervention du spartiate Léonidas aux Thermopyles en 480 qui permit aux Athéniens de gagner du temps pour remporter la victoire à Salamine (laquelle victoire serait due, pour le coup, à un oracle de la Pythie, qui avait conseillé de bâtir un mur de bois, ce qui, symboliquement, représentait la flotte athénienne massée dans le goulet de Salamine). On accusa alors la Pythie de mêdiser (μηδίζειν / mêdízdein), de « parler en faveur des Mèdes ».

Le deuxième oracle marquant prend place pendant les guerres du Péloponnèse, qui opposaient Athènes à Sparte ; celui-ci donnait clairement raison aux Spartiates. On accuse cette fois-ci la Pythie de lacôniser (λακωνίζειν / lakônízdein), de « parler en faveur de Lacédémone », autre nom pour Sparte.

Enfin, pendant les conquêtes de Philippe, l'oracle, du côté du « barbare », est accusé pour le coup de philippiser (φιλιππίζειν / philippízdein).

En sorte, l'oracle se montre surtout méfiant vis à vis des Athéniens. En fait, il subissait bien sûr les influences du peuple de Delphes, pro-aristocrate et assez conservateur. Cela explique sans doute pourquoi la Pythie s'est souvent montrée défavorable à Athènes : la démocratie n'était pas en odeur de sainteté dans cette région du monde grec.

Rôle spirituel et intellectuel de l'oracle de Delphes


Bien que souvent défavorable à Athènes, l'oracle a pourtant appuyé son action colonisatrice. C'est ainsi que la légende rapporte que la colonie de Cyrène, en Libye, fut fondée grâce à un tel oracle : un certain Bathos était affligé d'un bégaiement. L'oracle lui avait conseillé pour sa guérison de fonder une cité à Cyrène ; ce faisant, il y vit un lion. La peur causée par cette rencontre fortuite le guérit définitivement de cette affliction. Il existe nombre d'exemples de ce type.

La cité de Delphes, d'autre part, prit dans l'Antiquité un rôle économique important : ville très fréquentée, l'argent y circulait (celui des taxes de consultation, des nombreux trésors offerts par les cités que l'oracle avait « favorisées », des offrandes, des achats de victimes sacrificielles que seuls les marchands de la ville pouvaient vendre, etc.). Apparurent, pour gérer ce flux monétaire créé par les consultations oraculaires, des changeurs et des prêteurs. C'est d'ailleurs à Delphes, au VIe siècle avant l'ère chrétienne, que les premières banques ont fait leur apparition.

Apollon n'était, en outre, pas le seul dieu résidant à Delphes : Dionysos était dit y passer l'hiver et Athéna y était aussi honorée ; la coexistence de ces cultes faisaient dire aux anciens que la présence de l'oracle était un gage de respect mutuel.

Enfin, la ville de Delphes baignait dans un climat de piété et d'effervescence intellectuelle. On s'y dépouillait de ses masques sociaux, à l'image d'Apollon qui, fondant la cité, dut se purifier du meurtre de Python. La philosophie y était pratiquée et encouragée, et c'est un oracle de Delphes qui aurait poussé Socrate à enseigner, après qu'un de ses disciples y aurait appris que son maître était le plus sage des hommes. Plusieurs devises philosophiques ornaient la ville : « rien de trop » (μηδὲν ἄγαν / mêdén ágan), inculquant la mesure et le rejet des excès, « connais-toi toi-même » (γνῶθι σεαυτόν / gnỗthi seautón), sur le fronton du temple d'Apollon, maxime enseignant l'importance de l'autonomie dans la recherche de la vérité (formule que Socrate reprendra à son compte dans le Charmide) et celle de l'introspection, ainsi qu'un très étrange « Ε », aussi sur le fronton du temple et sur la signification duquel les Grecs se sont longuement interrogés, et qui pourrait être une manière de noter le mot εἶ eĩ, « tu es », sous-entendu « toi aussi une partie du divin » ? Quoi qu'il en soit, la présence de l'oracle a fait de Delphes le lieu par excellence de la révélation à soi.

Sources :

-Wikipédia

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